Politique monetaire
Le chef économiste de la BCE suggère qu'une nouvelle hausse des taux est possible : les risques d'inflation ne se sont pas dissipés.
Le chef économiste de la Banque centrale européenne, Philip Lane, a déclaré que, malgré l'apaisement géopolitique apporté par les négociations américano-iraniennes, les prix de l'énergie restent plus élevés qu'avant la guerre, que les risques d'inflation persistent et qu'une nouvelle hausse des taux d'intérêt n'est pas exclue.
La Banque centrale européenne (BCE) a relevé son taux directeur à 2,25 % en juin, et les marchés s'attendaient alors à ce que le cycle de resserrement touche à sa fin. Cependant, le chef économiste Philip Lane a récemment clairement indiqué que la BCE pourrait à nouveau relever ses taux si les preuves d'inflation pointent vers des pressions persistantes. Cette position souligne que le caractère collant de l'inflation dans la zone euro dépasse largement les attentes, et que les répercussions du choc des prix de l'énergie continuent de se propager.
Mécanismes de transmission des prix de l'énergie et de l'inflation M. Lane a souligné que, bien qu'un éventuel accord de paix entre les États-Unis et l'Iran puisse apaiser les tensions au Moyen-Orient, les prix de l'énergie ne sont pas revenus à leurs niveaux d'avant l'éclatement du conflit. Les prix du pétrole brut et du gaz naturel restent nettement supérieurs à leurs références de fin 2025, ce qui augmente directement les coûts de production et de transport, et se transmet aux biens de consommation via les chaînes d'approvisionnement. L'inflation sous-jacente dans la zone euro a diminué par rapport à son pic, mais l'inflation des services et la hausse des coûts des services restent tenaces, en partie en raison du soutien des salaires aux prix.
Les analyses de la BCE montrent que la contribution de la hausse des coûts de l'énergie à l'inflation globale diminue, mais que ses effets indirects (comme le report des coûts par les entreprises) peuvent durer plus longtemps. M. Lane a souligné que les décisions de politique monétaire doivent se fonder sur les données, et non sur une trajectoire prédéfinie. Il n'a pas exclu la possibilité d'une nouvelle hausse des taux lors de la réunion de septembre ou d'une réunion ultérieure, à condition que les anticipations d'inflation et les données réelles se détériorent.
Aggravation des divergences économiques dans la zone euro Ce signal hawkish intervient alors que les divergences économiques au sein de la zone euro s'accentuent. La Bundesbank a récemment revu à la baisse ses prévisions de croissance tout en relevant ses prévisions d'inflation, montrant une stagnation manufacturière coexistant avec une résilience des services. L'Italie et l'Espagne subissent des pressions sur leurs coûts d'endettement en raison de la hausse des taux, tandis que la France est confrontée au défi de l'élargissement de son déficit budgétaire. La BCE doit trouver un équilibre difficile entre la poursuite des hausses de taux et la prévention d'un resserrement excessif.
La divergence de trajectoire avec la Réserve fédérale américaine (Fed) est également notable. La Fed est restée inactive en juin, et les marchés s'attendent à ce qu'elle puisse se tourner vers des baisses de taux dans l'année. La position indépendante de hausse des taux de la BCE pourrait renforcer l'euro, freinant davantage la compétitivité des exportations, mais la banque centrale elle-même est davantage concentrée sur la stabilité des prix intérieurs. La Banque d'Angleterre devrait maintenir ses taux inchangés, créant une configuration de divergence des politiques entre les trois principales banques centrales.
Resserrement monétaire dans une perspective mondiale D'un point de vue macroéconomique mondial, une nouvelle hausse des taux de la BCE aggraverait le resserrement de la liquidité mondiale. Les marchés émergents pourraient être confrontés à des sorties de capitaux et à des pressions sur leurs devises, en particulier les économies dépendantes des importations d'énergie. Bien que les risques géopolitiques se soient temporairement atténués, la restructuration des chaînes d'approvisionnement et les coûts de la transition énergétique continuent de soutenir l'inflation à long terme.
Les propos de M. Lane reflètent également la vigilance de la banque centrale face à l'inflation du « dernier kilomètre ». L'expérience historique montre qu'un assouplissement prématuré des politiques pourrait entraîner un rebond de l'inflation, forçant la banque centrale à relever ses taux de manière plus agressive. La BCE s'inspire peut-être des leçons de la stagflation des années 1970, préférant garder l'option de hausse des taux plutôt que de refaire les mêmes erreurs.
À l'avenir, les décisions de la BCE dépendront fortement des résultats des négociations salariales, du comportement de fixation des prix des entreprises et de l'évolution du marché de l'énergie. Si la saison touristique estivale accélère à nouveau l'inflation des services, ou si les fluctuations au Moyen-Orient font remonter les prix du pétrole, il n'est pas exclu que la BCE agisse à nouveau à l'automne. Les investisseurs doivent réévaluer les anticipations du pic des taux d'intérêt dans la zone euro et surveiller les données économiques avant la réunion de septembre.
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