Politique monetaire

Le risque que la hausse des taux de la Banque centrale européenne répète l'erreur de 2011

La Banque centrale européenne prévoit de relever ses taux la semaine prochaine, une stratégie qui avait conduit à une récession économique en 2011. Alors que la zone euro est confrontée à un risque de récession, les leçons de l'histoire méritent d'être retenues.

La Banque centrale européenne (BCE) s'apprête à relever ses taux directeurs lors de sa prochaine réunion de politique monétaire, une première depuis 2011, afin d'envoyer un signal fort au marché dans la lutte contre l'inflation. Cependant, l'économie de la zone euro est au bord de la récession, et les antécédents de cette stratégie sont préoccupants : la hausse des taux de 2011 s'est avérée être une grave erreur de jugement, aggravant finalement le ralentissement économique régional.

Le risque de répétition de l'histoire

En 2011, la BCE avait choisi de relever ses taux alors que la crise de la dette souveraine s'intensifiait, invoquant des pressions inflationnistes accrues. Résultat : l'économie de la zone euro est tombée en double récession, l'inflation a rapidement reculé, forçant la banque centrale à inverser sa politique l'année suivante. Aujourd'hui, un scénario similaire se dessine : l'inflation reste supérieure à l'objectif, mais la dynamique de croissance s'est nettement affaiblie. L'indice PMI manufacturier continue de se contracter, l'expansion des services ralentit, et l'économie allemande est proche de la stagnation. Isabel Schnabel, membre du directoire de la BCE, a récemment déclaré que la banque centrale ne pouvait plus « voir au-delà » des chocs d'offre et devait agir. Mais les critiques soulignent que l'inflation actuelle est principalement alimentée par les prix de l'énergie et de l'alimentation, sur lesquels la politique monétaire a un effet limité, et qu'un resserrement pourrait être contre-productif.

Cycle économique et dilemme de la banque centrale

Du point de vue du cycle économique à long terme, la zone euro connaît un ralentissement structurel : vieillissement de la population, faible croissance de la productivité, espace budgétaire limité. Dans ce contexte, s'appuyer excessivement sur l'outil des taux d'intérêt pour réprimer une inflation temporaire pourrait freiner la demande globale et exacerber le ralentissement cyclique. Le dilemme de la BCE est le suivant : si elle n'augmente pas ses taux, les anticipations d'inflation pourraient se désancrer ; si elle les augmente, la fragile reprise économique pourrait capoter. La leçon de 2011 est que la banque centrale s'est trop concentrée sur les données d'inflation à court terme, négligeant la fragilité des fondamentaux économiques. Actuellement, les salaires réels diminuent dans la zone euro, la confiance des consommateurs est faible, la demande extérieure est pénalisée par le ralentissement du commerce mondial, et une hausse des taux ne ferait que resserrer davantage les conditions financières.

Flux de capitaux mondiaux et divergence des politiques

La décision sur les taux de la BCE aura également un impact sur les flux de capitaux mondiaux. Si la hausse est plus forte que prévu, elle pourrait attirer des capitaux dans la zone euro, pousser l'euro à la hausse et affaiblir davantage la compétitivité des exportations. Parallèlement, la Réserve fédérale américaine a suspendu ses hausses de taux, tandis que la Banque du Japon maintient une politique accommodante. Cette divergence politique accentuera la volatilité des taux de change et les risques de carry trade. Les marchés émergents pourraient subir des pressions sur les sorties de capitaux, en particulier ceux lourdement endettés et affichant des déficits de compte courant.

Orientation politique dans une perspective à long terme

Les instituts de recherche macroéconomique estiment généralement que la BCE a besoin d'une combinaison de politiques plus fine : tout en augmentant les taux, elle doit conserver des outils tels que les opérations de refinancement à long terme ciblées (TLTRO) pour soutenir le crédit, et coordonner avec la politique budgétaire. Mais la discipline budgétaire de la zone euro est lâche, les niveaux d'endettement des États divergent, rendant la coordination difficile. À l'avenir, la BCE pourrait être contrainte de faire un choix plus douloureux entre l'inflation et la croissance. L'histoire montre qu'un resserrement prématuré de la politique est souvent l'une des erreurs les plus courantes commises par les banques centrales.

En résumé, la décision de la BCE de relever ses taux n'est pas seulement un jeu à court terme sur l'inflation, mais aussi un test de son jugement sur le cycle économique à long terme. Pour éviter de reproduire l'erreur de 2011, la banque centrale doit faire preuve de prudence dans l'ampleur et le rythme du resserrement, tout en se ménageant une marge de manœuvre pour faire face à une éventuelle récession.

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  1. https://www.wsj.com/pro/central-banking/ecb-rate-hike-risks-repeat-of-earlier-misstep-0a36da7cPrimary

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